Histoire de la PNL vue par Denis Bridoux

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Écrit par Denis Bridoux, Mercredi, 18 Avril 2012 17:45

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Chapitre 1 - la rencontre de Bandler et Grinder[modifier]

La PNL se présente souvent comme différente de tout ce qui se faisait avant, une rupture avec toutes les approches antérieures de la communication. À en croire certains, la PNL serait sortie toute formée de la cuisse de Jupiter. Ce serait sans compter sans un enchainement remarquable de concours de circonstances échelonné sur plusieurs générations, sans laquelle elle n’aurait pas existé, en tout cas pas sous la forme que l’on sait. Commençons avec le plus connu : si Richard Bandler, un étudiant en informatique à l’université de Santa Cruz qui n’avait pas encore 20 ans, n’avait pas cherché à financer ses études à la fin des années ‘60 en travaillant pour la maison d’édition Science & Behaviour Books, basée à Palo Alto, jamais elle n’aurait vu le jour. En effet, Bandler reçut de l’éditeur, Robert Spitzer, au fils duquel il donnait alors des cours de batterie, la tâche d’aider l’un de leurs auteurs, le psychothérapeute de renom, Friz Perls, développeur de la psychothérapie Gestalt, à finir un livre sous contrat qui était très en retard.

Pour ce faire, Spitzer lui suggéra de faire des transcriptions d’enregistrements de formations et de présentations de Perls qui existaient sous forme de films et de bandes magnétiques. Or, Bandler était un imitateur de génie. Sur la simple base de la transcription de ces enregistrements, il s’imbiba littéralement de l’attitude et des méthodes de Perls et devint rapidement capable de reproduire ses résultats avec au moins autant d’efficacité que Perls lui-même. Perls décéda peu après et Bandler édita son dernier volume à titre posthume, The Gestalt Approach and Eye Witness to Therapy (1973). Il s’offrit alors à son université pour y donner des cours de Gestalt, sur quoi on lui rétorqua qu’il n’était encore qu’un simple étudiant. Sur quoi se basait-il donc pour oser faire une telle offre? Cependant, comme il semblait faire preuve d’une compétence indéniable en la matière, et fort des résultats qu’il obtenait systématiquement, il réussit à convaincre le collège des directeurs de l’université de lui donner l’occasion de faire ses preuves. Celui-ci lui octroya sa chance, à une condition: n’étant pas diplômé lui-même, il devrait se faire superviser dans ses cours par un professeur accrédité de l’université. On s’enquit alors de trouver la bête rare qui devrait super! viser le jeune génie. Second concours de circonstances: un jeune professeur, tout récemment nommé à la chaire de linguistique, se montra volontaire pour la tâche. Il se nommait John Grinder. Fraichement émoulu de MIT, où il avait étudié avec Noam Chomsky, le grand linguiste et activiste qui avait complètement régénéré la discipline avec sa théorie de la grammaire innée, ou Grammaire Transformationnelle, Grinder se prit d’amitié pour le jeune Bandler.

De leur amitié naquit une équipe qui allait bientôt enfanter de la PNL. Ils emménagèrent bientôt ensemble, avec leurs petites amies respectives, dans une maison qu’ils louèrent à Robert Spitzer. Or, nouveau concours de circonstances remarquables, et ce n’est qu’un parmi beaucoup d’autres dont je parlerai bientôt, un autre scientifique de renom qui travaillait à Palo Alto, avait loué à Spitzer la maison d’à côté, et il allait devenir leur mentor. Sans sa contribution, rien de ce que l’on appelle la PNL n’existerait. Denis Bridoux

Le langage de précision et son décodage par Grinder[modifier]

Écrit par Denis Bridoux - Mercredi, 02 Mai 2012 18:57

La passion première de Grinder était la modélisation. Il avait, par exemple, appris à parler couramment le swahili en 6 mois. Il était fasciné par la manière dont Bandler était capable de ‘devenir’ Perls en s’imprégnant de sa méthodologie et, plus particulièrement, de ses tournures de questionnement, ce qui lui permettait de ‘dénouer’ efficacement les problématiques de ses clients aussi bien que lui. Celles-ci lui paraissaient des démonstrations de la théorie de la grammaire transformationnelle, sur laquelle il avait lui-même récemment écrit un livre.

En effet, ainsi que l’avait identifié Alfred Korzybski, l’ingénieur polonais qui avait fondé la Sémantique Générale dans les années ‘20 (dont nous reparlerons une autre fois), chacun de nous a en lui, à un niveau pré-verbal, en amont du langage que l’on emploie au quotidien, un modèle du monde qui lui permet de naviguer dans celui-ci. Il avait d’ailleurs émis le postulat de base que « La Carte n’est pas le Territoire » pour expliquer comment on transforme un territoire en carte ou un modèle en un autre par des mécanismes universels d’abstraction qui nous font graduellement passer du sensoriel au conceptuel. Ce postulat fondamental, adopté par la PNL et la Neuro-Sémantique, fut récemment emprunté par Michel Houellebecq pour le titre de son récent roman.

Ce sont ces filtres transformationnels (d’où le titre de grammaire transformationnelle), qui sont innés et nécessaires pour bien fonctionner au quotidien, ces Omissions, Généralisations et autres Distorsions, que Chomsky identifia 30 ans plus tard. La grande majorité d’entre nous sait les appliquer spontanément, mais on sait maintenant que c’est leur mauvais fonctionnement qui fait que les autistes se trouvent en permanence bombardés d’informations sensorielles qu’ils ne savent pas trier et sont incapables de traiter.

La grammaire transformationnelle postule que le langage est lui-même un modèle de 2ème ordre, ou Méta-modèle, qui nous permet d’interpréter, de travailler, de communiquer et de partager notre carte du monde avec d’autres. Si nous employons efficacement nos filtres primordiaux, notre langage reflète adéquatement notre modèle du monde et on fonctionne de manière appropriée dans la vie et avec autrui. Cependant, si ces filtres pêchent, que ce soit par excès ou par défaut, cela induit en nous des erreurs d’interprétation de nos cartes du monde et de raisonnement. Or, Grinder s’aperçut que Bandler, par son questionnement, basé sur sa modélisation de Perls, restaurait le bon &eacu! te;quilibre de ces filtres et remettait ses client en adéquation avec leurs représentations du monde, et donc avec la vie.

Les connaissances linguistiques de Grinder lui permirent de codifier les techniques de questionnement de Bandler et de reproduire lui-même systématiquement cette compétence. Ils relatèrent leurs découvertes dans leur premier livre, The Structure of Magic Vol.1, que Spitzer lui-même publia en 1973.

Entre, côté cour, le voisin de renom, qui n’était autre que le grand anthropologue Grégory Bateson, développeur de la systémique et fondateur de l’école de Palo Alto, et auteur du remarquable Vers Une Écologie de l’Esprit. On connait Bateson principalement dans le monde pour son travail sur la communication avec les dauphins, et Robert Merle basa d’ailleurs l’un de ses personnages sur lui dans Un Animal Doué de Raison. Bateson, qui avait lui-même étudié la Sémantique Générale avec Korzybski, était en contact direct avec les plus grands scientifiques de son époque. Son savoir encyclopédique lui permettait de faire des relations entre des sujets disparates sans lien commun apparent, et il allait le partager sans compter avec Bandler et Grinder. Denis Bridoux  

Le grand mentor de la PNL à ses débuts[modifier]

Écrit par Denis Bridoux - Jeudi, 17 Mai 2012 07:17

En devenant le mentor de Bandler et Grinder, Bateson allait leur ouvrir des portes sur l’univers du Mouvement du Potentiel Humain (la Psychologie Humaniste), la « 3ème Force en Psychologie », dont il était l’un des piliers fondateurs depuis les années ‘40. D’origine anglaise, mais naturalisé américain, Grégory Bateson avait épousé en 1936 une autre anthropologue encore plus connue que lui, Margaret Mead, dont il avait eu une fille, Marie-Catherine, qui devint anthropologue elle aussi (Voir Recommandation de lecture en bas de page). De leurs études de cultures du Sud-est asiatique et d’Océanie dans les années ‘30, Bateson et Mead avaient tiré des modèles de fonctionnement de l’être humain qui paraissaient radicalement différents de ceux que l’on connaissait jusqu’alors chez les Européens. Ces modèles leur permirent d’émettre des hypothèses sur le fonctionnement de la communication et le rôle de la culture qui furent validés scientifiquement ultérieurement, tels que la structure du feedback, de la co-dépendance, du cercle vicieux et de la schizophrénie.

Il serait impossible de sous-estimer l’importance de l’anthropologie culturelle américaine dans la compréhension de l’esprit humain au cours de la 1ère moitié du XXème siècle. Même si cela est encore peu connu, on peut aisément dire que la PNL et, a fortiori, la Neuro-Sémantique, sont tout autant filles de l’anthropologie que de la psychologie. L’anthropologue la plus influente de son époque, Ruth Benedict, qui était la mentor de Mead et l’archétype du « Bon Être Humain » pour Abraham Maslow (dont le nom reviendra à de multiples reprises dans ce blog), n’avait-elle pas elle-même suggéré que « Une culture est une personnalité écrite en grand »? Dans son ! livre, Le Chrysanthème et le Sabre, elle avait argumenté de manière convaincante le danger extrême de juger l’empereur du Japon pour crimes de guerre à la fin de la 2ème guerre mondiale, car tous les Japonais se seraient suicidés! Ensemble et séparément, Mead et Bateson prirent part à partir de 1942 à de nombreuses conférences multi-disciplinaires, organisées par Ruth Bénédict, qui eurent une profonde influence sur l’attitude américaine dans son effort de guerre. Ils y côtoyèrent les plus grands scientifiques de leur époque, parmi lesquels Milton Erickson, Alfred Korzybski, Paul Linebarger (plus connu sous le nom de l’auteur de science-fiction Cordwainer Smith), Edward T. Hall, George Miller, ainsi que Abraham Maslow, ce qui leur permit de forger de profonds liens professionnels, voire personnels, avec eux et d’établir des ponts cohérents entre des disciplines apparemment très divergentes. Ce sont de ces ponts que, grâce à Bateson, Bandler et Grinder allaient bénéficier &ag! rave; leur tour. Après la guerre ces conférences se prolongèrent semestriellement (1946-1953) subventionnées par la Fondation Macy, d’où leur nom de Conférences Macy, et Bateson en fut l’un des organisateurs. Il en émergea les principes et les bases de la systémique, de la cybernétique, des sciences cognitives et de la théorie de l’information, entre autres. On peut donc dire que le monde moderne tel qu’on le connait aujourd’hui, PNL et Neuro-Sémantique incluses, n’aurait pas existé sans les conférences Macy. À partir du début des années ‘50, s’entourant d’une équipe de chercheurs, Bateson fonda l’école de Palo Alto, d’où émergeront tout un courant de thérapies basées sur une approche systémique, telles que le constructivisme, la thérapie brève et la thérapie familiale, dont Virginia Satir (dont je reparlerai bientôt) fut la principale représentante. Plus tard, (1954-56), c’est de nouveau la Fondation Macy qui y finança le projet de Bateson sur la structure de la schizophrénie. Finalement, à la fin des années '60, Bateson allait devenir le dernier chercheur en résidence à l'institut Esalen de Big Sur, sur lequel nous reviendrons bientôt. Ainsi, sous le mentorat informel de Bateson, Bandler et Grinder allaient pouvoir se connecter à tout un réseau de personnes et de mouvements de pensée dans laquelle la PNL allait pouvoir trouver un terreau très fertile sur la base duquel s’établir, et dont elle allait pouvoir très rapidement s’inspirer. Ceci explique en partie la vitesse avec laquelle elle se développa et se répandit au cours de ses premières années. Il n’est donc pas surprenant qu’elle parût sortir tout droit de la cuisse de Jupiter!

Denis Bridoux